Début, Fin, Mélancholie
Il est 7h50, je suis assis dans un siège bleu du TER en direction de Paris, sens de la marche, côté fenêtre. Je regarde la Picardie défiler devant mes yeux: des vallées, des vaches, des champs. Étonnamment, le ciel est bleu.
Le laboratoire ferme aujourd’hui. Je m’y rends pour la dernière fois.
Ma musique se coupe. Mes écouteurs Bluetooth blanc d’Action viennent de me lâcher.
Je suis malade.
Je trifouille dans mon sac. J’en sors un masque jetable noir, avec lequel je me couvre. Il me gratte les coins du visage et me coupe un peu la respiration. Mon dos me fait mal. J’essaye de poser mon coude sur le bord de la fenêtre.
Je continue de regarder la Picardie défiler: des vallées, des vaches, de champs. Des bouts de forêts pointent leurs nez ici et là.
Mon coude glisse vers le sol. Le bord est assez large pour prendre appui, mais pas assez pour tenir. Je remonte mon coude pour la troisième fois.
Je ferme les yeux.
Beaucoup de choses se terminent. La fin du stage cloture mes trois ans de BUT. Luc, Malala, et moi partons tous dans des écoles différentes. Nous allons nous éparpiller dans tout la France, et me connaissant, je ne les reverrai plus jamais.
Mon coude glisse encore une fois. Je me gratte l’oreille, puis le remonte. Mon dos continue de me faire mal.
J’intègre une nouvelle école cette année. De nouveaux gens, de nouvelles choses. De nouveau amis, de nouveaux amours, de nouvelles peines. J’aurai plus d’indépendance. Mes amis me manquent déjà.
Mon petit frère me dépasse quasiment. Il n’est plus si petit. Mon beau frère est presque diplômé; ma sœur partira de la maison avec lui.
Je rouvre mes yeux. Le train s’arrête. J’entends le grésillement du conducteur au micro. Je ferme mon sac, et me lève de mon siège.